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  • Biographie


2010 : Loïc Touzé  s’implante à Nantes. Il engage avec Anne Kerzerho, Autour de la Table. Ce  projet interroge la pluralité des savoirs et  pratiques sur le corps à l’aune de différents contextes culturels, et leur mise en échange dans l’espace public. Au cours la saison 2009/2010, Loïc Touzé crée La chance au festival Mettre en scène (Rennes). La chance poursuit une recherche sur la relation, rien moins que donnée d’évidence, entre l’acte de danse tel que l’engage un interprète dans l’immédiateté du plateau, et le chorégraphique tel que celui-ci consiste à se projeter dans la mise en forme d’une écriture : « Voir sans les yeux, sentir par la peau, entendre par le poids, comprendre que le sol est un gisement imaginaire. […] Penser en mouvement, ne pas avoir peur de ce que l’on va rencontrer en état de danse ». On peut faire remonter à Morceau (2001-2005), pièce processus conçue en faisceau de micro-performances proliférantes, l’amorce de ce questionnement des modes d’engagement scénique, à rebours des attendus spectaculaires, et informé des acquis de l’art-performance. Aux côtés de Latifa Laâbissi – alors codirectrice de la compagnie 391 avec Loïc Touzé –, d’Yves-Noël Genod et Jennifer Lacey, Morceau prenait le parti de restituer les éléments qu’une écriture conventionnelle du spectacle conduit habituellement à délaisser. En 2003 Love, puis 9 en 2007, approfondissent la relation avec le plasticien Jocelyn Cottencin. Une maîtrise très résolue du plateau, et un investissement soutenu des présences, le disputent à un principe de dissémination du geste dans la première ; de renoncement et retournement de l’intention initiale de celui-ci dans la seconde. Rigoureux, audacieux, ces principes de recherche mettent en discussion, depuis l’intérieur les implications de l’acte chorégraphique. Lequel est pour autant assumé à travers des mises en formes ambitieuses d’un point de vue très singulier. En position de chorégraphe, Loïc Touzé paraît continuer de stimuler et questionner obstinément la production du geste de l’interprète, que son propre parcours lui fit engager d’emblée au plus haut niveau. Tout au long de ce  parcours, on remarque un renouvellement de l’expérimentation critique, d’autant plus soutenu que les fondations de ce parcours apparaissent particulièrement robustes. Né en 1964, Loïc Touzé intègre à dix ans l’école du Ballet de l’Opéra de Paris. A partir de 1982, il danse dans le corps de ballet (époque Noureev), tout en participant à de nombreuses créations au sein du GRCOP dirigé par Jacques Garnier. Cela au point de préférer démissionner pour se tourner vers la Nouvelle Danse et rejoindre les projets de Carolyn Carlson, Mathilde Monnier – qui demeure l’une de ses complices artistiques –, Jean-François Duroure, , Catherine Diverrès, Bernardo Montet (1986-1991). La fondation de sa propre compagnie avec Fabienne Compet (1992) engage une grande période exploratoire, aiguisée par la découverte, sur scène ou en stage, des apports de Dominique Bagouet (via Olivia Grandville), Julyen Hamilton (contact-improvisation). La version solo de Dans les allées, les allées,… (1995) connaît un important succès, en posant et en questionnant les fondamentaux d’une écriture chorégraphique.
Toute une série de projets touchent ensuite à l’espace relationnel de la représentation, que ce soit dans une friche de Bilbao au côté du plasticien Francisco Ruiz de Infante, ou au Centre d’art contemporain de la Ferme du Buisson où Un bloc (1997) déjoue les principes d’interactivité alors en vogue. Dans cette lignée, S’il y a lieu met en chantier un lieu scénique démultiplié où l’évidence de la danse est ruinée par sa mise en commentaire (1999). Pour questionner la préparation du danseur à sa danse, Loïc Touzé s’imprègne, une année durant, de l’expérience du Mohini Attam, que dispense Brigitte Châtaigner. Dans son solo Elucidation avec  le saxophoniste Claude Delangle (IRCAM 2004), comme pour maintes autres formes, Loïc Touzé instaure un dialogue sensible à l’improvisation, avec les musiciens Pascal Contet, Joëlle Léandre, Vincent Courtois, Jeanne Added, Cookie, Gilles Coronado. Installé à Rennes en 1999, Loïc Touzé active aussi les conditions sociales et collectives d’invention, de production et de diffusion dans le champ chorégraphique. Déplacer (2000, co-organisation du Centre d’art contemporain La criée) y fait œuvrer et présenter, dans les pratiques de la performance, Catherine Contour, Myriam Gourfink, Xavier Leroy, Alain Michard, Jennifer Lacey, Jocelyn Cottencin… En région parisienne, Loïc Touzé assure la codirection des Laboratoires d’Aubervilliers aux côté d’ Yvane Chapuis et François Piron (2001-2006), tout en faisant émerger à Rennes le projet d’Aéroport international, collectif d’artistes ayant contribué à faire réaliser le Garage, lieu de travail novateur. Comptant parmi les Signataires du 20 août, Loïc Touzé s’y est particulièrement investi dans une réflexion critique sur l’enseignement de la danse. Co-auteur des 10 propositions pour une école, il développe lui-même une importante activité d’enseignant, au sein de l’école du TNB, de l’Université de Rennes ou Paris 8, du CNDC d’Angers et de la formation ex.e.r.ce du CCN de Montpellier, ainsi que, de plus en plus souvent à l’étranger (Forum Dança - Lisbonne, Impuls Tanz - Vienne, Tsekh summer school – Moscou, Instituto universitario de arte – Buenos Aires).
Gérard Mayen